On se souvient tous de Denis Diderot comme de l'homme qui a tenté de condenser tout le savoir du monde dans un immense ouvrage alphabétique. Presque personne ne remarque où il dissimulait en réalité ses idées les plus subversives. Non pas dans les entrées elles-mêmes, là où les censeurs scrutaient, mais dans les liens invisibles qui les unissaient. Une page sur les cannibales qui, discrètement, renvoie le lecteur à une page sur la Sainte Communion. Chaque entrée, prise individuellement, semble innocente. Ensemble, elles forment une petite explosion maîtrisée. Ce livre soutient que la véritable invention de Diderot n'était pas un ouvrage de référence. Il s'agissait d'une manière de placer le sens dans les relations entre les énoncés plutôt que dans les énoncés eux-mêmes, de sorte que cette même Encyclopédie pouvait être un dictionnaire inoffensif pour un fonctionnaire lisant une entrée à la fois, et une arme redoutable pour quiconque s'attaquait aux liens entre les textes. Une fois ce procédé décrypté, les autres paradoxes célèbres de Diderot s'éclairent d'un seul coup. L'acteur qui ne ressent rien et pourtant émeut toute une salle aux larmes. Le scélérat et le moraliste qui, d'une manière ou d'une autre, ont tous deux raison. La matière inerte qui rêve. Chacun d'eux se révèle être une même découverte sous un masque différent. >Mots-clés: Lumières, Diderot, encyclopédie, savoir, censure, intelligence artificielle, paradoxe
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