UNE ENQUÊTE SUR LA MORT VOLONTAIRE DANS LA GRÈCE ANTIQUE Athènes, printemps 399 avant Jésus-Christ. Un vieil homme de soixante-dix ans est condamné à mort par un tribunal de cinq cent un citoyens, à cinquante-neuf voix près. Pendant trente jours, la porte de sa prison reste ouverte: ses amis ont réuni l'argent, corrompu les gardiens, préparé un refuge en Thessalie. Socrate refuse. Et le jour de son exécution, il explique à ses disciples que nul n'a le droit de déserter le poste où les dieux l'ont placé. >CE QUE LES GRECS NE POUVAIENT PAS DIRE Le grec ancien, langue d'une richesse redoutable, ne possède aucun substantif correspondant à notre mot suicide. Cette absence n'est pas une lacune: c'est le signe que les Grecs ne pensaient pas ces morts comme une catégorie unique. Ils les nommaient par le geste, et le geste disait tout. Une femme périt par le noeud, dans la chambre, sans effusion de sang. Un guerrier tombe sur son épée, sur le rivage, et son sang coule. Ces deux morts n'appartiennent pas au même monde. UNE ÉCHELLE DES MORTS QUI EST UNE ÉCHELLE DES RANGS Chapitre après chapitre, ce livre d'histoire suit les moyens de la mort volontaire dans le monde grec, de l'époque homérique à l'époque hellénistique. Le fer et la belle mort d'Ajax. Le précipice et le barathre athénien où la cité jetait ses condamnés. La mer sans tombeau. Le bûcher d'Héraclès sur l'OEta et celui du sage indien Calanos devant l'armée d'Alexandre. Le refus de manger des vieillards de Céos. Le poison hors du tribunal, la ciguë et l'énigmatique sang de taureau. Le sacrifice des jeunes filles pour le salut d'Athènes. Et la corde, mort des femmes et des esclaves, seule méthode où les femmes deviennent majoritaires dans les statistiques. CE QUE DIT LE DROIT DES CITÉS On enterrait à part la main de celui qui s'était tué. Une inscription de Cos prescrit de brûler la branche et la corde. À Lindos, la déesse Athéna elle-même indiqua en songe comment purifier son temple souillé. Platon, dans les Lois, prévoit une sépulture sans stèle et sans nom, aux confins du territoire - mais il énumère trois circonstances qui exemptent: la condamnation par la cité, l'infortune extrême, la honte irrémédiable. UN RENVERSEMENT EN DEUX SIÈCLES Condamnée à l'époque archaïque et classique, la mort volontaire devient, chez les philosophes hellénistiques, le sommet de la liberté. Chrysippe soutient qu'il peut convenir à des gens heureux de quitter la vie. Hégésias de Cyrène enseignait si bien que le roi lui interdit de professer. Comment un acte infâme est-il devenu un modèle de maîtrise de soi ? Fondé sur les sources antiques et sur la recherche universitaire la plus récente, sans jargon et sans complaisance, ce livre d'histoire ancienne intéressera les lecteurs de philosophie grecque, d'anthropologie historique et de mythologie grecque, comme tous ceux que passionne la civilisation de la Grèce classique.
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