Le père Dieudonné chante la complainte des esclaves :Nou rivé adan an péyi ki ni solèy.Ou sé di sé Lafrik.Nous avons traversé le grand lac salé. Ils ont balafré nos chairs, déchiré nos entrailles, violenté nos corps, effacé notre âme et nos souvenirs...Nous avons résisté, repris notre liberté. Notre seul héritage, une misère scélérate, abjecte qui pousse Edmée, la belle amarreuse, à laisser son petit seul tout au long du jour dans sa case misérable.Iphène le serpent a ravi la vie de Justin son homme. Mais le reptile passe encore par là et se lie d'amour avec le petit d'homme. Les jours et les semaines passent et la bête longue cajole, câline le bébé, le nourrit, le divertit. Ils sont heureux tous les deux. Hélas ! Trois fois hélas ! Un jour, Edmée rentre à l'improviste...La canne frappe. La tête d'Iphène éclate. Le bébé ne rit plus, ne se nourrit plus.Dieudonné chante la complainte d'Edmée qui pleure à se fendre les yeux et crie son désespoir à ses aïeux. Son petit d'homme s'en est allé folâtrer avec les anges...Louise Harpon, romancière martiniquaise
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