Il y a comme cela des mystères que je ne me suis jamais expliqué. Dans l’abondante littérature pour quatuor à cordes issue des collines de la Bohème et de la Moravie, les trois opus que leur a dévolu Karol Kovarovic ne sont quasiment jamais joués. Ce compositeur secret, chéri par son maitre Zdenek Fibich, aurait-il eu le tort de passer à une très relative postérité par son opéra « Têtes de chiens », qui laissa dans l’ombre ses autres œuvres ? On lui reprocha d’avoir adouci la Jenufa de Janacek pour sa création pragoise, cela aura suffit pour accentuer la suspicion, mais quelques minutes de l’Allegro moderato de son Deuxième Quatuor, dédié à Antonin Dvorak, suffiront à vous convaincre. La lyrique si singulière de son écriture, ses licences poétiques, son écriture impeccable qui ose des fredaines, tout un esprit joueur et pourtant songeur fait de sa musique un petit paradis. Les trois quatuors pourraient être joués d’une coulée, si le Troisième n’était resté inachevé, Kovarovic espérant une commande du Quatuor Hellmesberger qui avait créé sur les conseils amicaux de Dvorak son Deuxième Quatuor à Vienne. Des doutes l’assaillirent, il abandonna sa partition où un fin soleil irradiait. Quel dommage, d’autant qu’il ne revint jamais au quatuor. Incroyable de songer que les Stamic enregistrent ces trois opus en première mondiale. Décidément, même en son pays, Kovarovic n’aura pas été prophète. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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