Cet album repose sur deux arguments, la vénération qu'éprouve l'accordéoniste serbe Nikola Djoric pour l’œuvre de Bach et le fait que son instrument dans sa version originelle, le Concertina, fut inventé l'année même de la reprise de la Passion St Mathieu à Berlin par Mendelssohn, en 1829 par le facteur d'orgue viennois Cyrill Demian. Parmi le corpus pharamineux du Cantor, Djoric a choisi deux concertos pour clavecin BWV 1058 et 1052 complété ici assez logiquement par un concerto d'Astor Piazzolla pour bandonéon, percussion et orchestre. Notons qu'il ne s'agit pas ici d'une d'une transcription des œuvres pour bandonéon. Djoric jouant toutes les notes en s'appuyant fidèlement sur les partitions. À l'auditeur, note-t-il, de se faire une idée et de goûter une expérience d'écoute inédite. Sans méjuger des ressources expressives de l'instrument et du jeu de l'interprète, il faut reconnaître que faute de pouvoir comparer, cette version pâtit d'une certaine façon de sa nouveauté. Si Djoric joue brillamment avec les nuances dynamiques accompagné par un orchestre aussi docile que factuel, la sonorité soufflée du Bandonéon a pour l'oreille néophyte quelque mal à rivaliser pas avec celle plus sensible du clavecin. Le Concerto "Aconcagua" de Piazzolla destiné à l'instrument semble ainsi offrir au soliste un panel expressif bien plus riche. De nature rhapsodique et tout en contrastes, l’œuvre est un long fleuve qui se construit méandres après méandres, laissant le soliste y dériver jusqu'au tango final survolté. Une belle initiative.
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