Au début des années cinquante Tatiana Nikolayeva, avec en poche son titre de gloire du Concours Bach de Leipzig, fut dépêchée dans les capitales du bloc soviétique, ambassadrice de charme : elle était alors cette jeune fille si mince, si frêle, au regard déjà si pénétrant et pourtant si plein de rêves. Une véritable histoire d’amour la lia avec Prague, la ville, les habitants, la culture assez germanisée, tout la poussait à revenir au bord de la Moldau, et dès février 1951, Supraphon lui ouvrait ses micros : qu’elle enregistre ce quelle souhaite ! Konstantin Ivanov étant du voyage ce sera le Deuxième Concerto de Rachmaninov joué par la jeune femme exactement comme le faisait sonner le compositeur, avec une absence d’affect, une profondeur polyphonique, une tenue qui en font un modèle. Puis Bach bien entendu, pour une 5e Suite française qui s’est inscrite en lettres d’or dans la discographie, jeu à dix doigts où tout n’est que lumière qui sculpte le son. Miracle, Supraphon y ajoute aujourd’hui la Fantaisie BWV 906 et la Fantaisie chromatique et fugue, lectures fulgurantes où l’art de timbrer éclabousse chaque mesure. Trois Préludes et Fugues du cycle de Chostakovitch dont elle avait créé l’intégrale en 1952, la Troisième Sonate de Prokofiev jouée vive, impertinente , et trois Etudes d’elle-même qui décidément donnent envie d’en savoir plus sur Nikolayeva compositeur complètent ces gravures de jeunesse impérissables, enfin réunies. Elles méritent leur postérité (Discophilia - Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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