Lorsque Dietrich Fischer-Dieskau signa un contrat avec une nouvelle firme de disque qui entendait faire rayonner la vie musicale munichoise, le bien nommé Orfeo, il passait déjà le plus clair de sa carrière de musicien à la baguette : il s’était voulu chef d’orchestre depuis longtemps déjà, avait gravé des Schumann magnifiques pour un label qui disparu aussitôt. Orfeo avait déjà des chefs, Sawallisch, Kubelik, et sortait à foison des concerts historiques où tout un Gotha fleurissait à nouveau. DFD aura quelques occasions, un concert Brahms avec Konstantin Lifschitz notamment, mais il fut aussi repris par le démon du Lied, sachant qu’il n’avait pas tout dit malgré les anthologies infinies dispersées entre Deutsche Grammophon et EMI (et même CBS, Schoeck et Barber avec les Juilliard, Mahler avec Bernstein au piano). Donc, il ouvrit à nouveau son grand livre du Lied jamais achevé, objet de ce premier volume où Orfeo assemble quelques albums des raretés qu’il allait débusquer avec les gourmandises d’un diseur ; la voix n’était plus dans sa plénitude, mais, bonheur !, du moins à mes oreilles, elle ne donnait plus de ces éclats, de ces duretés, qui pouvaient la rendre, dans son zénith, pour tout dire assommante et un rien doctorale. Comme les chefs d’œuvre ne réclamaient plus son magister, DFD retrouva alors la veine poétique que jadis Gerald Moore avait su si bien lui suggérer pour ses débuts au disque. D’ailleurs il y fut aidé ici encore par des pianistes lettrés, voir même compositeur : Aribert Reinmann l’inspire pour les dix-neuf Lieder de Zelter, mais ce sera la harpe de Maria Graf qui sertira ses déclamations pour de merveilleux Reichardt, perles comme venues d’une époque absolument perdue. Quel art pour deviner tout cela ! Les Spohr sont magiques, avec Varady ou sans elle, poèmes où s’invitent clarinette et violon alors que le Lied ouvrait sur des paysages sonores qu’il abandonnera hélas. Pourtant, les sillons les plus émouvants sont ceux de l’album Pfitzner, qu’il herborise en dehors des Eichendorff, cherchant comme toujours alors le moins couru : écoutez An der Mond, Ah ! l’entendre savourer son Goethe ! A peu près à la même époque, et sous la baguette de Sawallisch, il gravait tout un LP de Lieder avec orchestre de Pfitzner que Warner a oublié dans ses archives, vergogna ! Orfeo ne manque pas d’à propos, qui glisse au milieu de tout cela le fameux Italienisches Liederbuch de Salzbourg 1958 avec Seefried et Werba, histoire de créer une perspective. Vite, le volume II ! (Discophilia - Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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