Quand Boccherini arrive à Paris dans l’hiver 1768, accompagné de son ami le violoniste Filippo Manfredi, sa renommée l’a précédé quelques mois plus tôt par la publication de ses Trios opus 1 et ses quatuors opus 2, composés quelques années auparavant à Vienne. Introduits dans les salons de la haute société et de la noblesse, les deux amis donnent plusieurs concerts, dont un au célèbre Concert Spirituel (20 Mars 1768). Partis d’Italie tenter leur chance à Londres, ils vont séjourner 6 mois à Paris qui ne devait originellement n’être qu’une étape. Lors d’un concert, Madame Brillon de Jouy, brillante claveciniste parisienne, a remarqué Boccherini (Burney la rencontrant 2 ans plus tard la considère comme « une des plus grandes clavecinistes d’Europe, considérée ici comme la meilleure interprète de pianoforte »). Boccherini rend hommage au talent exceptionnel de la jeune femme (elle a 24 ans et est fort jolie comme en témoigne le célèbre portrait réalisé par Fragonard à cette époque) en écrivant pour elle et en lui dédiant ces 6 sonates. L’instrument à clavier est une rareté dans l’œuvre du compositeur. On ne le retrouve que dans l’unique concerto pour piano très probablement écrit pour la même interprète, dans une série de Trios opus 12, et dans les quintettes tardifs opus 56 et 57 (1799), d’autres pièces avec clavier étant des transcriptions. Boccherini démontre ici d’emblée une maîtrise totale des ressources de l’instrument. La partie de violon joue souvent un rôle essentiel. Une version d’époque pour clavecin seul a pourtant survécu dans un manuscrit conservé à Besançon. Bien qu’ayant déjà fait l’objet de plusieurs enregistrements, ces sonates trouvent ici des interprètes et des instruments exceptionnels, en deux CDs qui permettent la réalisation de toutes les reprises pour la première fois. (Jean-Michel Babin-Goasdoué)
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