Pas le plus petit blues low down, pas de gros groove qui tache, pas d'hommage éperdu à Duke ou Miles: les ombres croisées chez Michael Wollny sont, pour s'en tenir à ce CD, celles de Paul Hindemith, Alban Berg, Guillaume de Machaut, ou la sienne propre puisqu'il compose de belle manière. Sa manière à lui, justement, n'est pas celle de Jacques Loussier, spécialiste du trou de serrure vers les grands compositeurs classiques: lorsque Wollny lorgne vers l'avant ou à côté de lui, c'est pour s'installer en profondeur dans l'univers des autres, et non pour en jazzifier épidermiquement les formes les plus superficielles. En clair, ce que l'on trouve au terme du processus, ce n'est pas un Hindemith ou un Berg aimablement édulcorés, mais le créateur Wollny déployé, réalisé, incarné dans l'ouvre repensée de ses aînés. On comprend pourquoi beaucoup voient en lui le pianiste qui monte, sorte de successeur, en termes de renouvellement des formes, de ce Brad Mehldau qu'il faut désormais conjuguer au passé (sans dévaluation de son talent, qui reste immense). Comme son compatriote Joachim Kühn, aux côtés ou en face duquel il a gravé l'époustouflant Live At Schloss Elmau, Wollny est à la fois un héritier de la tradition classique allemande et un novateur du jazz. On réalise à son contact que, si le romantisme était né un ou deux siècles plus tard, il aurait fricoté avec le free-jazz. Il se trouve que Wollny en a récupéré la vigueur (le geste émancipateur) sans les outrances (l'enfermement dans une répétitivité stérile).
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