En 1985, le compositeur et chef Dmitri Sitkovetsky (fils de la pianiste Bella Davidovitch) produit cette transcription/reformulation des Golberg façon poupées russes, connue mais assez peu enregistrée. La source n’en est pas le texte de Bach nous dit-il, mais avec tous ses ornements, ses phrasés et sa dynamique, l’enregistrement de Gould en 1981 (que le pianiste considérait déjà comme une transcription). A l’écoute, il faudrait donc oublier l’original et se référer au disque CBS. Mais voilà: même si l’on n’est pas obligé de considérer cet enregistrement de Gould comme sa plus convaincante vision des Goldberg, il faut bien reconnaître qu’il y donnait à entendre une palette sonore et une liberté agogique sans pareilles (partie chantée improvisée en prime!). Malgré les efforts du transcripteur pour redistribuer les voix entre instruments ou jouer sur les textures et les sonorités, les interprètes polonais de cet enregistrement ne peuvent rivaliser. Certains «trous» dans le discours sont même frappants si l’on a dans l’oreille la manière dont le piano de Gould habitait l’espace en permanence. Mais tous trois font aussi bonne figure que Rachlin-Imai-Maïsky (peut-être un cran au-dessus en matière d’engagement), Surel-Radais-Sabouret ou le trio Goldberg. Alors que faire? Oublier l’enregistrement tutélaire, probablement, et écouter cette relecture pour elle-même: les Goldberg sont si grandes qu’elles résistent à tout. Dans cette optique, cette interprétation agile, très propre et à la sonorité très travaillée me paraît largement aussi recommandable que ses concurrentes. (Olivier Eterradossi)
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