C'est une gageure que de se lancer dans l'intégrale phonographique des trios avec piano de Beethoven lorsque l'on sait quels « anciens » ont déjà marqué la sphère musicale de leur empreinte : Cortot-Thibaud-Casals dès 1928, le Beaux-Arts Trio en 64, Barenboim-Zukerman-DuPré en 69, Kempff-Szeryng-Fournier l'année suivante, les Wanderer plus près de nous. Certes, il y a toujours l'échappatoire de jouer la carte de « l'instrument d'époque », avec forte-piano, mais ce n'est pas du tout, du tout le principe adopté par le Trio Xyrion, fondé en 2001 par la violoniste Nina Tichman, la violoniste Ida Bieler et la violoncelliste Maria Kliegel. En une décennie d'existence, l'ensemble s'est taillé une place de premier plan, autant au concert qu'au disque, tandis que chacune des musiciennes poursuit également une forte carrière soliste ! On commencera - chronologiquement - par la fin, à savoir les variations sur « Ich bin der Schneider Kakadu », une ouvre dont le titre est plus léger que le contenu musical. C'est là le dernier ouvrage de Beethoven pour trio, datant de 1824 : grande maturité assurée. Cela dit, le Trio « Archiduc » de 1811 n'a rien d'un petit morceau de rien du tout ; Beethoven a déjà derrière lui six de ses neuf symphonies et travaillait déjà à la septième, excusez du peu. On comparera d'ailleurs avec le dernier Trio présenté sur le CD, celui en mi bémol majeur WoO 38 des années 1790, travail encore très haydnien dans lequel on trouve déjà, quand même, quelques grondements d'humeur si typiques du génial pas-encore-sourd.
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