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Quel contraste entre les deux trios avec piano de Mendelssohn, Si le premier appartient déjà à la maturité (bien que le compositeur n'eût alors que trente ans), il reste encore attaché au format développé par Beethoven, quand bien même dans un langage entièrement mendelssohnien, en particulier le génialissime scherzo, romantique et élégiaque en diable. Disons qu'à cette époque, le jeune musicien est déjà auréolé d?une gloire extraordinaire : n?est-il pas directeur musical du Gewandhaus de Leipzig depuis quelques années, n?est-il pas en passe de devenir le compositeur européen le plus célèbre de son temps, mais il lui manque l?expérience de la vie, qu'il saura acquérir lors de ses nombreux voyages et ses rencontres au sommet avec l?intelligentsia d?alors. Hélas, c?est cette quête de l?expérience de la vie qui lui vaudra de mourir bien trop jeune, surmené, exténué, terrassé aussi par la mort de sa bien-aimée sur Fanny. C'est de cette dernière époque, 1845, que date le Second trio, une oeuvre sombre et dramatique, aussi intense, ample et complexe qu?une grande symphonie. Mais encore, une fois, c'est l'incroyable scherzo, qui suit un mouvement lent digne des meilleurs Chants sans paroles, où l'on retrouve le Mendelssohn le plus original, le plus transparent, sans doute le plus moderne aussi. Un finale curieusement schubertien achève ce second et dernier trio, sur une note quelque peu optimiste engagée par un extraordinaire choral d?essence luthérienne. Le Trio Borodine a été fondé en 1976, après que ses membres pourtant tout ce qu'il y a de russes émigrèrent pour l'Ouest; on mentionnera que le violoniste Rostislav Dubinsky est également le fondateur du Quatuor Borodine, dont il fut premier violon pendant trente ans. L'enregistrement date de 1984, les grandes années de croisière de l'ensemble.
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