Eh bien, chantez maintenant ! Mais à l'heure où notre bise de reconnaissance fut venue, l'injonction nous a paru inutile tant le lyrisme impeccablement concerté de ces interprètes constitue leur point fort. Après quoi, certes, deux ou trois pincées parfois d'alacrité n'auraient peut-être pas été vraiment de refus, pour des compositions de jeunesse face auxquelles l'homme mélomane averti et complet ne se prendra pas davantage la tête que ne le ferait son chien de sa queue (d'autant qu'il a la voix de son maître). Cela dit, ce premier trio à cordes, Beethoven eut soin de le remanier quatre ans plus tard pour mieux le dédier à une belle comtesse, adorable par force à quiconque avait des yeux (comme aurait dit Malherbe). Et justement, même esprit en quelque sorte d'apprentissage (et pas trop sorcier, l'apprenti) pour cette sérénade (en réalité, c'est son second trio à cordes, composé en même temps que la quatrième sonate pour piano) qui, tout en se ressentant de la férule haydnienne, n'est pas ici ou là sans préfigurer l'émotion schubertienne. Encadrée par une sorte de marche thématique, elle déploie notamment un joli adagio ainsi qu'un menuet et trio à l'éloquence agile, sans oublier une vraie de vraie polonaise à la Wilhelm Friedemann Bach. S'ensuivent aussi des variations qui font le plus sentir l'enseignement de Haydn. Dans cette écoute si parfaite, on finit par se retrouver la conscience qui dodeline, tandis que le soleil poudroie à quelque trou. Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou, que ne t'endormes-tu le coude sur la table ? (Gilles-Daniel Percet)
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