La transcription a parfois un caractère gênant : elle renvoie notre oreille à l’original souvent plus intéressant que sa lecture par un autre. Quand cet autre est Rachmaninov, tout est différent : il imprime sa patte en gardant l’esprit originel. Sa proposition est plus enrichissante que dérangeante. Ivan Shemchuk est dans cet esprit, qui arrive à faire réellement du Bach/Rachmaninov ou du Kreisler/Rachmaninov ou encore du Mendelssohn/Rachmaninov et ne nous laisse jamais assis entre deux chaises : chacune des pièces a le caractère de chacun de ses auteurs. L’esprit et la forme. Bach conserve la liberté dynamique de sa polyphonie, Kreisler son apparente légèreté sur une harmonie dense, Mendelssohn n’est pas écrasé par la difficulté technique, tandis que le Gopak, d’une grande liberté de tempo, nous emmène voir une troupe de danseurs endiablés. Enfin Lullaby est la démonstration parfaite que Tchaikovsky comme Rachmaninov ne sont pas que les extravertis que l’on croit. Le piano de Shemchuk n’est jamais lourd, toujours en délicatesse quelles que soient les difficultés techniques : voici un premier disque qui révèle un véritable caractère. On attend désormais le jeune homme dans les majeures du répertoire.
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