Le label Alto réédite dans sa collection “Legendary Recordings” les fameuses trois dernières symphonies du compositeur russe. Elles furent captées par les ingénieurs de Deutsche Grammophon, en studio, à Londres, lors d’une tournée des musiciens russes. Voilà ce que l’on appelle un incunable de la discographie. Parler de ces œuvres sans faire référence à ses témoignages qui approchent l’âge de la soixantaine est inenvisageable. C’est un orchestre et une sonorité mythiques qui semblent jaillir du passé. Karajan ne s’y trompa, affirmant avec tout l’ego (génial) qu’on lui connaissait, qu’il n’y avait que Mravinski et lui ! Le chef autrichien était stupéfié par une improvisation aussi diabolique, poussant chaque pupitre de l’orchestre aux limites de ses capacités réactives. Toute l’agressivité des cordes rêches des orchestres soviétiques s’est estompée au profit du chant et de l’énergie. On reste ébahi devant une telle virtuosité, un sens du mouvement idéal. Les musiciens jouent comme si leur vie en dépendait. Mravinski, paraît-il, faisait accorder ses pupitres pendant trois quart d’heure et ils devaient répéter parfois pendant plusieurs heures ce grand répertoire qu’ils connaissaient à la perfection. Alto a remastérisé les bandes avec beaucoup de précision, accentuant les voix médianes et graves, donnant un peu plus de profondeur à l’orchestre. On peut aimer cette conception même si elle modifie sensiblement l’écoute de l’édition originale.
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