On possédait « la référence » de la neuvième symphonie de Beethoven par Wilhem Furtwängler au festival de Bayreuth (1951 Orféo), voilà publiée par Audite, sa jumelle, quelques années plus tard, le 22 août 1954 captée au festival de Lucerne. Concert testament du chef légendaire qui devait décéder le 30 novembre de la même année. L'orchestre est le Philarmonia, on retrouve Elisabeth Schwarkopf, Otto Edelmann de la version Bayreuth mais Ernst Haefliger et Elsa Cavelti ont remplacé Hans Hopf et Elizabeth Höngen. On ne dira rien des solistes (même si Edelmann est impérial) tant la patte de Furtwangler (la battue, le projet) est prégnante sur l'œuvre et son interprétation (onze témoignages au disque !). Sa direction englobe tout. A la fois extrèmement précise dans les tempi (plutôt lents) et ouverte en permanence sur l'inattendu, l'acuité, l'urgence. En concert, Furtwängler resserre tellement l'étau de sa propre maitrise qu'il en découle paradoxalement une impression d'improvisation. L'écoute en est tendue, captivante de bout en bout. Vision inclassable (Dyonisiaque ? Appolinienne ?). D'une puissance et d'une émotion uniques. On hésite à la réécouter pour ne pas affadir la valeur hiérophanique de l'évènement. (Jérôme Angouillant)
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