On ne sait pas assez en France à quel point Rudolf Kempe était l’un des plus formidables chefs de la génération née avant la 1ère Guerre mondiale. Sans doute parce que sa carrière l’a tenu trop éloigné de l’hexagone. Qui plus est, on en a fait – certes à juste titre – l’interprète straussien par excellence. Mais les clichés sont réducteurs. Voici l’occasion d’apprécier ses immenses qualités dans un répertoire où le jeune Stravinski côtoie le non moins jeune Britten. Fruit sans doute du hasard, car Eterna, label classique d’Etat de la DDR, profitait des courts passages à Dresde du chef allemand pour "mettre en boîte". On les comprend : traversant sa vie "comme un fil rouge" , la Staatskapelle, plus vieil orchestre d’Europe, était, davantage encore que celui de Richard Strauss, celui de Kempe. Mieux encore qu’avec toute autre phalange, ses qualités : lyrisme, expressivité, équilibre, transparence, subtilité ET puissance - confondues et confondantes – se transmettaient d’évidence aux musiciens. Le minutage est court mais le témoignage exceptionnel. Quatre mois plus tard, Rudolf Kempe s’éteignait. Prémonitoire, la Sinfonia da Requiem ? Surtout, ne passez pas à côté d’une telle merveille ! (Yves Kerbiriou)
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