Heinrich Schütz est un peu un fils germanique de Monteverdi. Pétri de dogme luthérien, il a passé la seconde partie de sa vie à adapter les textes sacrés à travers, outre de la musique spirituelle pour chour (Symphonia Sacrae, Geistlische Chormusik), un Requiem (le Musikalische Exequien), un Oratorio de Noël et trois Passions. « Les Sept paroles du Christ en Croix » est une ouvre de la maturité de Schütz. Même si elle dotée d'un continuo et d'une symphonia, cette ouvre sublime mais austère, entre oratorio et passion, témoigne d'une humilité, d'une sagesse, d'un détachement à l'égard du monde. Comme l'indique son incipit : « Si tu vis pour le monde tu es mort, et tu infliges au Christ une grande douleur, mais si tu meurs dans ses blessures sanglantes, Il vivra dans ton cour. » L'introduction, en forme de motet, reprend le choral de la Passion. La symphonia, intime et d'un pathétisme délicat, fait appel à un consort de violes. Vient la fameuse scène du Golgotha où les évangélistes, au nombre de quatre se partagent la tâche d'annoncer les péripéties du drame, aidés d'un continuo, orgue, théorbe et viole de gambe. Chaque parole est ainsi mise en scène par le texte musical, vécue, ressentie dans l'échange entre Jésus, l'évangéliste et les protagonistes. Entre chaque intervention, Schutz joue de l'effet explicite des silences, accentuant encore le drame dans le « All ist volbracht. » Symphonia et motet concluent l'ouvre par l'annonce rédemptrice de la grâce divine.
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