Gentili, compositeur vénitien presque oublié devait jouir d'une flatteuse réputation, à en juger d'après ses émoluments, consignés dans divers documents comptables. Membre de l'orchestre de San Marco dès 1689, il en devint le violoniste principal jusqu'en 1731, et occupa le poste de « maestro dei istrumenti » à l’église San Lazzaro dei Mendicati. Son œuvre comprend des sonates d'église et de chambre ainsi que des concertos. Son opus 1 comporte 12 sonates pour 2 violons et basse continue écrites dans 12 tonalités différentes. Sans posséder de style véritablement spécifique, cette musique brillante, techniquement difficile, présente une grande régularité de construction : elle adopte le plus souvent le modèle des sonates de Corelli, (4 voire 5 mouvements, dont le 1er et le 3e sont lents et les autres rapides). Par ailleurs, le premier des mouvements rapides est conçu comme une fugue. On notera la présence de solos de violon, sortes de petites "cadences" à la fin de certains mouvements lents. L’écriture se rapproche par certains traits de celle d’Albinoni ou de Caldara, mais reste aussi très tournée vers le passé musical vénitien : elle emprunte notamment au stile concitato, ou "style agité" de Monteverdi avec ses notes rapides répétées, ses retards, ses marches harmoniques, ses échos, ses parallélismes, ses répétitions. La capacité qu’ont ces pièces à captiver l’auditeur tient en grande partie à ce qu’elles ont d’entêtant, de lancinant même. L’ensemble Soavi Affeti en donne une lecture très accomplie, d’une grande précision et d’une belle virtuosité. Intéressant. À découvrir. (Bertrand Abraham)
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