Dans son autobiographie de 1718, Telemann rapporte que ses contemporains affirmaient fréquemment que "ses trios étaient ce qu’il avait produit de meilleur" , parce qu’ils étaient écrits "de telle façon que chacune des deux voix supérieures avait autant à faire que l’autre". Le compositeur était devenu rapidement, et devait rester jusqu’à la fin du siècle, un modèle universellement reconnu et loué dans ce genre particulier. Et ce aussi bien auprès des simples mélomanes que des compositeurs et théoriciens comme, entre autres, Mattheson, Scheibe et Quantz. Il faut dire qu’on trouve effectivement dans tous ses très nombreux trios un emploi optimal des instruments mis en œuvre (à peu-près tous ceux existant à cette époque), et une basse inventive et innovante. Dans les cinq trios écrits pour flûte à bec (alto), violon et continuo qui nous sont restés, on trouve le compositeur au meilleur de lui-même, avec cette capacité extraordinaire de faire d’un instrument si humble en apparence le vecteur d’une invention inépuisable, d’une expressivité sans limite et d’une ampleur d’idées quasi-symphonique par moments. Car malgré le vœu (souvent réalisé) d’écrire deux voix mélodiques à égalité parfaite, c’est ici clairement la flûte à bec qui domine, instrument chéri de Telemann qui en jouait en virtuose, et qui lui confie ici certaines de ses plus belles idées. Les interprètes exceptionnels (Bosgraaf a déjà gravé plusieurs enregistrements consacrés au maître hambourgeois) de ces œuvres justement célèbres et plusieurs fois enregistrées, nous livrent ici une lecture pleine de sève et de couleurs de ces joyaux du haut baroque. Le talent extraordinaire du compositeur apparaît dans toute sa splendeur dans le duo final en si bémol, où la flûte et le violon, privés de continuo, tissent une splendide broderie enchâssant la pure merveille du « Largo e misurato », moment de bonheur sans mélange.
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