Ne vous attendez surtout pas ici à cette musique pseudo-péruvienne qui hante la publicité et les couloirs du métro : vous avez ici affaire aux sources même de la musique andine d'influence afro-hispano-péruvienne, née des métissages croisés entre les musiques indigènes précolombiennes, les apports des conquistadores, et les structures rythmiques qui ont survécu dans les sinistres soutes des négriers. L'évêque de Trujillo, un certain Companon, recueillera à la fin du 18ème siècle d'innombrables témoignages de la vie des indigènes - architecture, culture, danses, jeux, croyances, rites, et naturellement leur musique qu'il notera - dans un manuscrit infiniment précieux : plusieurs morceaux ici présentés en proviennent ; d'autres sont issus de la tradition orale, encore très riche dans ces contrées. Le résultat donne un dosage subtil entre musique populaire et musique savante. Voici donc un témoignage touchant et nostalgique sur un monde en cours de disparition - celui des descendants de l'Inca -, et d'un autre en cours de mutation, celui du monde latino-américain aux racines andines. Rendons grâce à cet évêque qui, moins dogmatique qu'un autre, a cherché à savoir dans quelle culture ancestrale il vivait, plutôt que de massacrer à tour de bras quiconque croyait différemment. N'oublions pas que les indigènes, considérés comme guère mieux que des esclaves, s'étaient révoltés en 1780 et 83 - avec répression sanglante, exécutions etc. © Abeille Musique
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