CD Liev + DVD Live Bonus : Switzerland 1974 est une archive précieuse non seulement parce qu'elle renvoie à une époque déjà lointaine mais ô combien fertile (à laquelle la captation vidéo rend justice - elle comblera les amoureux du groupe), mais aussi parce qu'elle fournit une des rares occasions d'entendre et de voir Holdsworth sur scène avec Soft Machine avant qu'il ne parte explorer d'autres horizons. A l'exception de brèves incursions dans les trois albums précédents (5, Six, Seven), le répertoire joué en ce 4 juillet 1974 durant une heure est pour l'essentiel tiré de Bundles, à commencer par « Hazard Profile », longue composition dont le premier mouvement est scandé par un riff de guitare nerveux à souhait. A l'opposé, la « Toccatina », deuxième mouvement de la suite, semble surgir des rêves de Karl Jenkins, qui pose son saxophone soprano pour s'installer au piano : cette courte séquence romantique offre un contraste saisissant avec l'urgence qui précède. Décidément, en cet été 1974 quelque chose a changé au pays de Soft Machine ; d'autres couleurs se font jour et, quarante ans plus tard, les débats sur sa fidélité à son langage natif semblent bien désuets. La Machine n'était pas molle mais mouvante ; elle épousait de nouvelles formes, en apparence plus classiques, mais nourries d'une indéniable énergie. Ce que prouve par exemple le duo engagé par Jenkins et Ratledge (derrière son Lowrey organ au son nasillard si singulier), pendant le quatrième mouvement de « Hazard Profile. » Plus tard, Holdsworth, encore lui, deviendra vocaliste le temps du bien nommé « The Floating World », où le clavier de Ratledge croise ses notes cristallines avec le métallophone de Marshall. La puissance de frappe de Soft Machine ne se dément pas avec « Land Of The Bag Snake », signé Allan Holdsworth, qui démontre une fois de plus de toute sa verve lyrique. Ce concert est propice à l'éclosion de quelques moments de bravoure : le solo de Roy Babbington, qui endosse d'abord le costume de contrebassiste tranquille avant de jouer saturé comme un guitar hero, aidé en cela par les sorcelleries synthétiques de Ratledge - Hugh Hopper et son fuzz ne sont pas très loin. Jenkins ensuite, magistral au soprano sur « Peff » ou Marshall, multiplicateur de couleurs sur « LBO ». Switzerland 1974 réserve aussi de beaux instants d'improvisation collective ou d'échanges ludiques (Ratledge et Marshall sur « Joint »). Le temps passe trop vite ce soir-là et le public en redemande : Soft Machine revient pour un rappel en deux temps conclu par « Penny Hitch », seul emprunt à l'album Seven et ultime occasion de briller pour Holdsworth.
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