Les solistes le savaient bien, Sir Neville Marriner était le plus docile des compagnons, les concertos leur appartenaient d’abord à eux, qu’ils choisissent leurs tempis, leurs couleurs, leurs phrasés, il les épaulerait, mieux ! il chanterait avec eux. Cette docilité n’était que pour mieux les inspirer, comme l’illustre cette anthologie de ses disques de concertos de la dernière période de son inépuisable activité, tous enregistrés avec son Academy of St. Martin in the Fields de 1995 à 2001. Merveille de l’ensemble, quatre Concertos de Mozart (20, 23, 24, 25) où Ivan Moravec joue avec un aplomb souverain, une sonorité déjà beethovénienne. J’avais cru un moment qu’ils poursuivraient vers une intégrale, mais Moravec ne le désirait pas, pianiste à la préparation absolutiste qui limitait volontairement son répertoire, espérant la perfection pour ce qu’il jouait. La rencontre avec Garrick Ohlssson fait des étincelles : leur Grieg sans une once de sucre mais plein de paysages, leur 2e de Rachmaninov ténébreux et pourtant véloce (quel final fusant mais tenu, beau comme un classique), un Premier de Tchaïkovski grand style vous souffleront. Et quelle ardeur attentionnée Marriner déploie pour Dmitry Sitkovetsky mettant son archet dans les Concertos de Sibelius et de Tchaïkovski en se souvenant de ce qu’y fit son père Yulian ! L’équilibre est tout autre entre eux pour les deux Mendelssohn joués sur les pointes, lumineux, classiques. Ensemble composite – on trouve même un très tempétueux Premier Concerto de Bruch avec Pamela Frank, gravure oubliée – qui ajoute encore à la gloire de ce musicien pour les musiciens, enchanteur discret qui nous manque trop. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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