La musique du Brésil, aussi diverse que celle de l'ensemble des Etats-Unis, pourrait presque avoir été inventée pour figurer dans une compilation lounge. Au fil du temps, la signification du mot lounge a évolué: synonyme de easy listening, dans les années 1950 et 1960, le terme a été plus récemment associé à une musique électronique comprenant ici ou là dans son mix des rythmes de jazz ou de musique du monde. Par bien des aspects, la bossa nova née à Rio de Janeiro constitue l'apogée de cette 'couleur' lounge: une mélodie et un tempo paisibles, une voix sensuelle, pleine de soleil (parfois guère plus audible qu'un murmure enroué), le tout cependant sous-tendu par une surprenante complexité. Pensez à ce classique de la bossa nova, 'Les Eaux De Mars', de Tom Jobim. Quel auditeur non lusophone pourrait deviner que cette chanson légère commémore le décès d'un ami de Jobim, mort dans la fleur de l'âge ? Le titre 'Chega De Saudade', de João Gilberto en est un autre exemple. Il signifie 'Au diable le chagrin'. Mais de quel chagrin s'agit-il? Bien des choses restent dans le non dit, laissant l'auditeur élaborer selon son humeur une trame de possibilités mouvantes et combler lui-même les espaces laissés blancs, sans déranger le mouvement d'ensemble de la musique. En ce sens, on peut dire que bossa nova et musique lounge reflètent toutes deux la fraîcheur et les potentialités évoquées par les années 60.
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