Du petit orphelin praguois Antonin Rejcha à l’honoré compositeur Antoine Reicha, professeur de fugue et contrepoint au Conservatoire de Paris, quel parcours ! Sa réputation d’enseignant un peu strict et ses traités d’harmonie et de composition feraient presque oublier son intérêt personnel pour des approches musicales et rythmiques très en avance sur leur temps et un peu sulfureuses pour l’époque. Mais ses 24 quintettes pour vents n’en sont pas la preuve la plus flagrante, plutôt le versant le plus « classique » de sa production. Serait-ce pour cela qu’ils firent à l’époque le tour de l’Europe, contribuant plus à sa réputation de compositeur que tout le reste de son œuvre ? L’industrie discographique, elle, les délaisse : les doigts des deux mains suffisent à compter les gravures du « blockbuster » qui ouvre cet enregistrement. Pourtant que de petits bijoux rien que dans les trois œuvres sélectionnées ici (le dernier mouvement de l’opus 88/1...), quelle attention portée par Reicha aux alliages de couleurs ! Alerte et espiègle (comme la photo de la jaquette), impeccable sur instruments modernes, le quintette praguois Belfiato prend place sans peine dans la discographie au côté du quintette Albert Schweitzer : serait-ce un ballon d’essai en vue d’une possible intégrale ? En tout cas voilà un disque à savourer sans modération pour se mettre le moral au beau fixe... mais en oubliant l’affreuse traduction de la notice, qui voudrait par exemple nous convaincre (et à plusieurs reprises) que Reicha se livrait à « des imitations de contrepoint », lui qui était un maître du « contrepoint imitatif » ! (Olivier Eterradossi)
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