Élève de Schütz et contemporain de Buxtehude et de Reinken, Johann Thiele composa cette Passion selon Saint Mathieu en 1673, quelques années après celle de son maître. Introduite par une brève Sinfonia, l’œuvre est conçue comme un vaste récitatif entrecoupé de quatre arias et de chœurs. Les voix solistes (Jésus et l’Évangéliste) sont accompagnées d'une basse continue restreinte tenue par deux violes de gambe, le chœur lui est doublé par l'ensemble instrumental au complet. Si la partie du récitant repose sur une même mélodie variée, cette dernière est heureusement égayée par les ritournelles du chœur et des instruments. Le Christ s'exprime de façon plus dramatique grâce à de fréquents recours au chromatisme. Insérées à des moments stratégiques dans la partition, les airs ont pour but de relancer le contenu émotionnel de l’œuvre. Dans ces quelques prières étrangères au texte de l’évangile, Theile use d'une écriture syllabique ou en imitation, visant toujours à privilégier l'expression du texte. On retiendra de cette Passion manifestement imprégnée de la musique de Schütz, les émouvantes stases du Christ, le chœur avec entrées fuguées du deuxième acte ainsi que le "Und es waren viel Weiber da" final qui convoque l'intégralité des voix et instruments dans un céleste chant de grâce. Parcours sans faute du Wieser Renaissance qui possède une façon unique d'illustrer ce répertoire entre Renaissance et Baroque. (Jérôme Angouillant)
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