Accompagné sur les orgues de Saint-Étienne par Robert Lehrbaumer, ce récital intitulé Organ-Liederreise, pourrait à première vue paraître banal, puisqu’on y retrouve des standards mille fois écoutés, Ave Maria de Gounod, Panis Angelicus de Franck ou Jésus que ma joie demeure de Bach. Mais on explore plus loin, avec bonheur, Bruckner, Dvorak, Beethoven, et l’on sait ménager des surprises dans l’architecture de l’album : aux tumultes à la fois tempêtueux et jubilatoires d’une Toccata de Vierne qui explore toutes les ressources de la virtuosité et emplit somptueusement la nef viennoise, succède, contraste saisissant, un Salve Regina de style grégorien, à voix nue, bien seyant à la gamine en anorak de la couverture. Mais dans la gamine se révèle aussitôt une grande, large, belle voix dramatique pour un Wachet auf (Bach) où le chant remplace une des trois lignes instrumentales prévues : l’orgue poursuit imperturbablement son chemin, sur un cantique primesautier, et le chant intervient, sans prévenir, véhément et passionné, un contraste de plus. Si l’art de la cantatrice peut rendre original jusqu’à Caro moi ben, il faut, pour lui rendre vraiment justice les envolées grandioses du Messie ou de certains Beethoven. Mon préféré ? Le surprenant Ave Maria de Bruckner. (Danielle Porte)
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