Cette nouvelle génération démobilise les médiocres, de réussir aussi bien un premier disque. Et la prédilection de ces deux talents déjà assurés plaçant d'emblée celui-ci sous le signe des « mélodistes », le moindre qu'on puisse dire est qu'ils savent chanter. Sans en faire trop d'abord avec Poulenc, dont la fantaisie bien française d'époque (qui a dit datée ira au coin) interdit dans cette sonate (à jouer bien droit, je vous prie !) trop d'épanchement autre que celui de l'humeur capricante et bien « arêtée », dans un primesaut parfois proche de la gouaille. Emotion plus frémissante ensuite avec ces courtes et célèbres pièces de Fauré, où notre duo file à la perfection l'incontournable Sicilienne (qui serait presque aussi une barcarolle, son esprit n'est jamais loin chez ce compositeur) et – comme on l'attendait ! - cette Elegie dont la douceur va frôler le tragique. Enfin, superbe hommage aux origines de la violoncelliste car avec Komitas, la grande et belle Arménie martyrisée demeure dans nos petits papiers. Destin pareillement tragique de ce mystique perdu dans la tragédie de l'histoire, de la prison à l'asile en passant par vingt ans de silence. Et qui en France trouva quelque succès, dit-on notamment auprès de Debussy. Ces chants populaires ressuscités dans leurs modes originaux non occidentalisés, sur fond à la fois de polyrythmie et de monodie, nous rappellent naturellement le travail de Bartok, mais tout aussi bien quelque dernier Enesco (celui de la troisième sonate violon-piano). Sachant que le compositeur utilisait alors son propre système de notation traditionnelle (les khaz), non sans ressemblance avec nos propres neumes moyenâgeux. Et qu'une adaptation instrumentale en duo comme ici est magnification pure. (Gilles-Daniel Percet)
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