C’est un portrait colorisé du vieux Brahms qui nous accueille sur la jaquette… « Curieuse idée », ai-je pensé avant de poser le disque sur mon lecteur. Mais tout s’est éclairé dès les premières notes du fastueux vieux Blüthner : c’est bien de couleurs qu’il s’agit, et pas qu’un peu. Véritable héros de la fête, l’instrument participe à la saveur « grande cuisine bourgeoise », civets et vieux alcools boisés, que l’orchestre de Brahms a toujours évoqué pour moi. Dans les danses hongroises d’ouverture (dont une quatrième que le Carlos Kleiber de la Chauve-Souris n’aurait pas hésité à qualifier de « schweinig »), le duo en tire également des sonorités de cymbalum et des accents de bastringue qui évoquent à merveille les musiciens roms et l’ambiance des cabarets. Si les Variations op.23 manqueront pour certains de profondeur pour évoquer le sombre contexte de leur composition, écoutez jusqu’au bout comment le dernier soupir de Schumann disparaît avec l’inextinguible résonance naturelle du piano… Quant aux Liebeslieder-Waltzer (certaines à peine raidies), quelle proximité avec leur version vocale ! Finissons-en avec la métaphore culinaire : le Brahms de Jordans et van Doeselaar dédaigne certes la cervelle mais célèbre les oreilles, le cœur et les tripes. Un régal !
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