C’est entendu, Sergei Rachmaninov fut, avec Max Reger, le maitre de la variation au XXe Siècle. Pourtant son opus majeur dans cette forme, les "Variations sur un thème de Chopin" , reste méconnu. Il aura fallu que Jorge Bolet les enregistre avec le génie que l’on sait pour en dévoiler les sombres beautés. Récemment Vestard Shimkus en sculptait les paysages nocturnes irréels. Georgijs Osokins va aussi loin qu’eux, faisant entrer son clavier dans un monde de pianissimos, timbrant profond, distillant les graves hanté de son Fazioli avec un art de coloriste qui sait varier toutes les nuances de noir. Quelle merveille que ce cycle si puissamment splénétique, surtout joué ainsi, amer et songeur. Ne serait-ce que pour cette interprétation si sentie d’un opus qui choisi ses interprètes, l’album serait déjà impérissable. Le jeune-homme se garde bien d’y ajouter un autre cahier de variations ou une Sonate, il poursuit son voyage dans le Rachmaninov le plus intime, celui des mélodies délestées de leurs voix par Rachmaninov lui-même qui s’était approprié sa Barcarolle, mais aussi par Earl Wild et Arcadi Volodos. Quel toucher de poète chez un si jeune homme, et décidément quel admirable pianiste : écoutez le suspendre le temps dans sa transcription d’un fragment des sublimes Vêpres. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)Après quelques distinctions dans divers prix internationaux, Georgijs Osokins a suscité l’intérêt d’artistes tels que Gidon Kremer, Dimitri Bashkirov, Oleg Maisenberg et Andras Schiff. Il a judicieusement choisi ces arrangements qui encadrent les « Variations sur un thème de Chopin » de Rachmaninov. Ces pièces mettent en valeur son toucher et un magnifique sens de la respiration. Il rend hommage à l’art du « bel canto » dont Chopin fut le premier promoteur, au clavier. L’album du pianiste d’origine lettonne, qui est tout entier consacré aux couleurs mordorées d’un postromantisme complexe, reprend les pages de Wild et de Volodos. Rachmaninov qui pratiquait si volontiers l’arrangement aurait certainement apprécié la richesse nouvelle de sa célèbre et inusable Vocalise devenue presque une véritable cadence de concerto ! On ne peut reprocher à l’interprète, qui perçoit l’intensité de la vie des phrases longues et le plaisir d’accord chargés, de succomber à tant de charmes sonores. Nul doute qu’un pianiste au toucher aussi raffiné et si maître de la couleur (on ose penser à quel point les feutres du piano ont été piqués) mérite d’être entendu en concert. Un artiste à découvrir. (Jean Dandrésy)
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