La plupart des pièces de ce disque ont été composées par Jean Barraqué alors qu’il suivait la classe d’Olivier Messiaen au Conservatoire. Sa Sonate pour piano, monumentale, s’inscrit dans la proximité de la Sonate n° 2 (1948) de Pierre Boulez et des Klavierstücke I-V (1953) de Karlheinz Stockhausen. Ses deux mouvements, Très Rapide et Lent, à la transition à peine perceptible, intègrent chacun de multiples moments de lenteurs ou d’accélérations, où les contrastes sont rois, où se relayent détermination et liberté, polyphonie et horizontalité. Au travers de sa technique de la « série proliférante » - une même série en engendre une multitude d’autres, qui s’enrichissent chacune, mécanisme onirique où les intervalles s'imbriquent et se désagrègent -, le compositeur contrebalance, avec rigueur autant qu’adresse, la complexité de l’écriture par la clarté de la lecture. Même le silence, qui surgit perfidement à la fin du premier mouvement et installe sa puissance de trou noir au début du second, obéit au structuralisme de l’écriture de ce sérialiste intégral - cet extrémiste artistique - qu’est resté Barraqué jusqu’à son suicide, dans sa quarante-cinquième année, ne laissant derrière lui que quelques heures de musique, dense et touchante. (Bernard Vincken)
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