A quoi tiennent les frontières… Ivan Zajc est né à Fiume (aujourd’hui Rijeka) en 1832, tenant ses dons musicaux de son père, chef d’une fanfare militaire, qui longtemps réfreina les ardeurs de son fils. Qu’il fasse son droit, la musique pouvait attendre. Mes les professeurs du jeune homme qui composait tout gamin eurent raison des réserves du père et Ivan gagna enfin Milan où il figura parmi les plus brillants élèves du conservatoire. La capitale lombarde verra ses premiers succès lyriques, il aurait pu devenir l’un des compositeurs italiens majeurs de sa génération, mais la mort de ses parents le ramena à Fiume, prenant en mains les destinés de l’Opéra de la ville et composant une remarquable série d’ouvrages lyriques dont le plus célèbre demeure la tragédie musicale – c’est l’auteur qui caractérise ainsi – mettant en scène la lutte du Ban de Croatie, Nikola IV, contre l’envahisseur Ottoman. Les troupes de Suleiman le magnifique seront défaites à la bataille de Szigetvar en 1566, puis repoussée au-delà des frontières jusqu’à la mort de Suleiman lui-même. Ivan Zajc se garde bien de brosser uniquement une fresque nationaliste, préférant tisser dans ce contexte historique les trames d’un drame sentimental où un orchestre évocateur et des chœurs ardents entourent des scènes et des airs qui doivent beaucoup à Verdi. Ville Matvejeff dévoile toutes les beautés de cette partition lyrique d’une étreigante poésie, saisies par une troupe relevée, où brille une splendide soprano : écoutez seulement la Jelena d’Aanamarija Knego ! Espérons que Ville Matvejeff poursuive un cycle Zajc : Amelia ossia Il Bandito, son autre chef d’œuvre, ou Mannschaft an Bord écrit pour l’Opéra de Vienne, attendent leurs premières au disque. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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