Le siècle des Lumières fut, entre autres, caractérisé par l'intérêt actif que portèrent divers souverains à la culture. Ainsi, Catherine II de Russie entretint une correspondance avec les philosophes et Frédéric II roi flûtiste et compositeur amateur non négligeable, suscita en Prusse une vie musicale très dense, et encouragea puissamment la création. Cet album, à travers un choix de pièces variées, offre une image bien documentée de cette production en mettant l'accent sur des compositeurs pour certains oubliés ou peu joués aujourd'hui. Il se place d'emblée sous le patronage du « vieux Bach », à travers un extrait d'une des variations improvisées devant le roi en 1847, qui, retranscrites et complétées, allaient constituer l'Offrande Musicale. La flûte se taille évidemment une part de choix dans les œuvres d'ampleur inégale (de 2 à 5 instruments) retenues ici. Soulignons la richesse et la densité de celles de Quantz et de J.G. Graun (quintette) qui font dialoguer, s'imiter, se suivre et se reprendre de façon inventive, ingénieuse, délicate et enjouée flûte, violon, viole et/ou violoncelle. Un bonheur et un génie de la construction équivalent à ce qu'on trouve chez un Telemann. Belle virtuosité de la flûte dans la syntaxe galante de la sonate de Müthel accompagnée avec discrétion et poésie par le clavicorde. Sens prodigieux de l'élaboration mélodique chez Benda. L'écriture du duo flûte-violon de C.P.E. Bach est d'un charme joueur qui traite à part strictement égale les deux instruments et tisse entre eux des entrelacements splendides. Interprétation claire, équilibrée, mais surtout tendre et sensible dans ses timbres et ses coloris. (Bertrand Abraham)
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