L'astronome et mathématicien Johannes Kepler (1571-1630) qui fait l'objet de cet album intitulé joliment The nature's secret whispering pensait que la musique polyphonique de son temps reflétait les harmonies célestes formées par le mouvement des planètes. Il était naturel qu'il s’intéresse aux musiciens de son temps notamment l'astre Lassus, lumineux s'il en fut. Écrit en mode phrygien, son motet In me transierunt est une sublime démonstration de rhétorique qui illustre de façon magistrale la relation entre les intervalles (communs aux mathématiques et à la musique) et l'expression des passions humaines. Tout aussi exemplaire, l'autre motet Si coelum et coeli coelorum est à six voix, chaque voix correspondant aux six planètes dont Kepler avait connaissance. Dans les deux belles pièces de Gabrielli, Bruce Dickey et son Concerto Palatino interchange volontiers voix et instruments conformément à la pratique musicale de l'époque. Autre perle de rhétorique appliquée, le Miserere mei deus de Lambert de Sayve, musicien que Kepler fréquenta lors de son voyage à Graz (1595). Quant au Jubilate Deo à douze voix de Hans Léo Hassler dont Kepler a certainement entendu les œuvres lorsqu'il s'installa à Prague à la cour de Rodolphe II, Dickey l'a choisi avant tout pour sa magnificence. D'autres musiciens satellites de l'astronome complètent le programme : Erasmus Widman, Anibale Perini et, seul ajout contemporain, Calliope Tsoupaki qui composa pour l'occasion cet Astron, puissante évocation aux étoiles basée sur un hymne orphique. L’œuvre est un trilogue entre le Coryphée (Chanté ici par une soprano) le chœur (Issu d'une tragédie grecque ?) et quelques instruments solistes. Une splendide réalisation pour une thématique tout à fait originale. (Jérôme Angouillant)
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