Pour cet ultime opus du cycle intégral des Messes de Josquin entamé avec le label Gimell Records en 1986, Peter Phillips et ses fidèles Tallis Scholars ont choisi trois des plus fameuses. Josquin qui s'obligeait à concevoir chaque Messe de manière différente, les a composées à la fin de sa vie. La Missa Hercules Dux Ferrarie s'appuie sur le nom même de son commanditaire, le duc d'Ercole pour lequel Josquin composait à Ferrare. Ainsi les voyelles / notes (Hexacorde guidonien) sont exposées à l'infini en jouant sur les tessitures, les formules rythmiques et la longueur des notes. Le thème des douze travaux d'Hercule (Ercole/ Hercules) est récurrent malgré les variations incessantes de l'écriture polyphonique. Cette manière de faire rappelle les chorals ornementés de Bach. Josquin reprend un peu le même procédé dans la Missa Faysant Regretz basée elle sur un rondeau à trois voix. La conception intellectuelle et une densité polyphonique foisonnante en font un des sommets de l'art du compositeur. La Missa d'ung aultre amer, légèrement antérieure aux deux autres, se caractérise elle par sa concision. Ici aucune élaboration polyphonique savante mais les textes se chevauchent dans un espace restreint. Le Tu solus qui facis mirabilia composé d'accords simples reprend une chanson d'Ogkehem, musicien que Josquin vénérait plus que tout. Peter Phillips clôt son parcours (Dix-huit messes!) avec la même recherche d'authenticité, de respect du texte et une recherche constante de perfection sonore. (Jérôme Angouillant)
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