On peut saluer le label polonais Acte Préalable, d’exhumer depuis quelques années l’œuvre de René de Boisdeffre (1838-1906), compositeur issu d’une vieille famille de la noblesse d’épée. De ses quatre-vingts opus environ, Boisdeffre est surtout un chambriste largement influencé par les romantiques conservateurs Gounod, Saint-Saëns ou Massenet. Et c’est certainement dans ses mélodies sur des poèmes de petits maîtres oubliés, que l’on ressent le plus l’influence sur Boisdeffre de son contemporain Emmanuel Chabrier - sans qu’il en atteigne les subtilités. Même si ces mélodies sont d’un conformisme confondant, elles n’en sont pas pour autant dénuées du charme suranné de la Belle Époque, dans l’interprétation qu’en fait la mezzo Dominika Paczkowska-Gajdzis, joliment secondée par le pianiste Jakub Tchorzewski. Alors on s’imaginerait dans quelques hôtels particuliers proustiens où une Valtesse, avant de se confesser et prier Jeanne d’Arc à l’église du quartier, inviterait en cocotte autour d’un piano… L’accompagnateur aristocratique est naturellement réservé, la belle chante d’une voix ronde et voluptueusement aguicheuse, mais tout cela est tellement teinté d’accent polonais que l’on croirait entendre des romances sans paroles ; c’est probablement la meilleure façon de gommer tous ces vers de mirliton ! (Florestan de Marucaverde)
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