Le seul fait rassurant dans la page blanche, c’est que l’artiste peut d’une certaine façon y circonscrire son angoisse. Elle est là, devant soi, et tous les outils sont là, placés autour, pour la combattre et la dompter. Pour le compositeur, cette arène est circonscrite par la portée : cinq lignes infinies. Seul dans ces portées, le compositeur y est comme emprisonné, tant que les acteurs qui font et qui reçoivent l’oeuvre ne transforment ces cinq lignes en une matière vibrante. Les lignes de la portée semblent défiler avec le temps? ; elles ne sont pas à l’arrêt, ou en attente du crayon, mais bien au contraire, elles filent. Le livre des nombres est la mise en forme poétique de cet abysse. C’est tout à la fois le récit de l’écriture et le constat de sa difficulté. Le matériau de l’œuvre est le vide lui-même, rendu à la dimension supplémentaire qu’est le temps. Durant le travail à la table, chaque seconde qui n’est pas passée à poser de la musique sur le papier est consignée ?: le compositeur, comme facturé par le temps, l’écrit.
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