Comme Bortnyansky, Ippolytov-Ivanov et Tchaikovski, Rachmaninov s'est intéressé à la liturgie de Saint Jean Chrysostome. L'oeuvre, composée en 1910, est d'ailleurs avec les Vêpres (1915) les deux seules ouvres religieuses du compositeur. Dotée de vingt mouvements, elle est rattachée à un courant novateur initié par Alexander Katalsky (musicien et pilier de l'Institut synodal de Moscou) qui tend à renouveler le langage de la musique religieuse russe tout en puisant dans la tradition folklorique. Absence d'instruments, la liturgie est chantée tout du long et non parlée. L'harmonie y est plus développée et de nouvelles tournures modales s'imposent. Rachmnaninov fut satisfait du résultat : "je n'ai rien composé depuis longtemps avec un tel plaisir" écrit-il à un ami. Et Katalsky son mentor y trouve un style agréable, brillant et même légèrement pompeux en regard du standard orthodoxe. L'opulent choeur berlinois dirigé par son chef Nicolas Fink propose une vision qui se distingue des versions traditionnelles antérieures (Polyansky ou Milkov) par sa scrupuleuse et plate attention à la musicalité de la partition, au chant pur. Préférant plutôt restituer fidèlement l'esprit et le style du compositeur, religieux à l'occasion ( I thank Thee, Lord) que l'âme universelle du texte (Slava Bogu). (Jérôme Angouillant)
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