Le ténor Daniel Behle a choisi deux recueils incontournables de la littérature pour lied, à ceci près qu'ils sont ici arrangés pour orchestre par Alexander Krampe. La partie piano se voit ainsi parée d'un généreux manteau orchestral tandis que la voix (exquise il faut le reconnaître) du ténor incarne les protagonistes avec une belle spontanéité sans jamais chercher à en faire trop. Il respecte le texte à la lettre et soigne chaque inflexion, chaque nuance de l'articulation comme un bon élève sous l’œil sévère du maître. Pour chaque lied, l’incarnation se révèle plus ou moins pertinente. L'équilibre de la voix avec les instruments de l'orchestre est d'ailleurs problématique (Un Doppelgänger sombre à souhait et un Ständchen dépareillé) et ce dernier paraît parfois redondant (Aufenthalt). Chez Schumann on retrouve cette même ambivalence. L'orchestre est d'une sublime évanescence moirée, Krampe s'inspirant sans doute dans son orchestration des cycles malhériens (Kindertotenlieder, Rückert-lieder) et la voix fluide sobre et juvénile de Behle s'enfonce doucement dans cet écrin cotonneux dans un parcours que l'on voudrait sans doute plus chaotique et accidenté. Dans les deux cycles, une seconde écoute séparée s'avère au moins nécessaire pour suivre le chanteur dans ses pérégrinations et jouir véritablement de la partie orchestrale, comme un bon vin que l'on fait décanter. (Jérôme Angouillant)
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