En mars 1801, Joseph Haydn écrivait à propos de ses Sept Dernières Paroles du Christ en Croix : «Il y a une quinzaine d’années, un chanoine de Cadix m’a demandé de composer une musique instrumentale sur Les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix. Il était alors d’usage à la cathédrale de Cadix de donner chaque année, pendant le Carême, un oratorio dont l’effet se trouvait singulièrement renforcé par les circonstances que voici. Les murs, fenêtres et piliers de l’église étaient drapés de tissu noir, et seule une grande lampe suspendue au centre rompait cette sainte obscurité. À midi, on fermait toutes les portes, et alors commençait la musique. Après un prélude approprié, l’évêque montait en chaire, prononçait l’une des sept paroles et la commentait. Il descendait ensuite de la chaire et s’agenouillait devant l’autel. Cette pause était remplie par la musique. Puis l’évêque montait en chaire et en descendait une deuxième, une troisième fois, etc., et chaque fois l’orchestre intervenait à la fin du sermon. Ma composition devait s’adapter à ces circonstances. Il n’était pas facile de faire se succéder sept adagios d’une dizaine de minutes chacun sans lasser l'auditeur, et je trouvai bientôt que je ne pouvais m’en tenir à la durée prescrite. La musique était à l’origine sans texte, et c’est ainsi qu’elle a été imprimée aussi.» La version originale de ce chef-d’œuvre, qui fit peut-être plus que tout autre pour la réputation européenne de Haydn de son vivant, n’est pas la version en oratorio qu’on entend régulièrement de nos jours, mais la version pour orchestre seul, écrite vers 1786, beaucoup plus rarement jouée. Le compositeur était bien conscient de la qualité de sa composition, comme en témoigne une lettre à son éditeur : «Chaque sonate ou chaque texte est représenté uniquement par la musique instrumentale, de sorte qu’elle suscite la plus profonde impression dans l’âme même des plus inexpérimentés.» En 1787, Haydn présenta d’emblée son oeuvre dans trois versions : la version orchestrale originale, une version pour quatuor à cordes et une transcription pour piano. On ne sait pas exactement quel fut son rôle dans cette transcription pour piano, mais il la corrigea et l’approuva certainement, comme en témoigne une autre lettre : «Je dois louer notamment la réduction pour piano, qui est très bonne et a été faite avec une application particulière.» Les sept mouvements lents – huit, même, si l’on compte l’Introduzione – révèlent une telle variété de ressources dans l’invention musicale, dans le choix des thèmes, dans le rythme, ainsi que dans les couleurs sonores et expressives, qu’on n’a pas du tout conscience qu’il s’agit d’une succession de pièces de tempo, de dimensions et de forme identiques. Un plan tonal soigneusement choisi contribue à dissiper toute impression de monotonie.
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