Un sens des couleurs et du texte ainsi qu'une intelligence dans la caractérisation qui n'est pas sans évoquer son maître et modèle Dietrich Fischer-Dieskau. Un cycle de Lieder incontournable: Schubert est mort le 19 novembre 1828. Il avait trente et un ans. Les derniers mois de son existence, alors que la syphilis, puis le typhus achevaient de le ronger, portèrent au jour des chefs-d'oeuvre absolus : sa neuvième symphonie (« La Grande »), les trois Klavierstücke D 946, la messe en mi bémol, le quintette pour cordes D 956, la fantaisie en fa mineur, les ultimes sonates D 958, 959, 960. et ce Chant du Cygne recueil posthume de Lieder. C'est ici, dans ce cycle, que se trouvent les mélodies de Schubert les plus tragiques, les plus empreintes du sentiment d'une mort proche, dont la venue est observée les yeux grand ouverts. Et les poèmes retenus sont, en apparence, divers (sept de Rellstab, six de Heine, un de Seidl), mais ils concentrent de façon saisissante l'imaginaire de Schubert, ses hantises : le départ, la mort de la bien-aimée, la songerie amoureuse. Avec ce programme, nous touchons du doigt ce qui fut l'âme romantique même, entre le rêve amer et la douleur déchirante, mais surtout nous accédons à ce que Schubert avait de plus cher : par la musique faire voir ce qui est terrible pour mieux nous en consoler.
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