«Concerti a quattro», «Concerti a cinque» … ces titres de recueils illuminent le mot concerto et ne parlent pas de «solo» : l’essentiel se trouverait-il plutôt dans le dialogue entre les instruments, qu’en la partie soliste elle-même ? Nous avons ici suivi cet esprit et nous sommes vite aperçus combien les compositions de cet enregistrement, surtout celles de Giorgio Gentili, étaient surprenantes : une fois l’élan bien installé, il y avait toujours comme une aspérité sur la route, une mesure qui manquait dans la carrure rythmique, une modulation imprévue, un intervalle saugrenu. Ces éléments «perturbateurs» sont devenus essentiels et nous ont révélé l’envergure «kaléidoscopique» de ces oeuvres. Si les images se ressemblent, leur agencement et leurs atmosphères sonores ne cessent de varier ; impossible de revenir deux fois sur la même construction. Que de régal avec la diversité des figures d’accompagnement quand on les éloigne d’une fonction de seule mise en valeur du solo ! D’un coup, on remarque combien les célèbres fluidités, clarté et impulsion vivaldiennes sont bien plus asymétriques que l’on pourrait s’y attendre. Combien son «naturel» est le fruit d’un discours aussi subtil que complexe. La prise de son cherche à souligner ce travail d’ensemble : elle se centre avant tout sur une matière sonore globale, de laquelle s’échappe la voix du soliste concertant. Nous avons aussi choisi d’omettre le «violino di rinforzo», pour ne pas épaissir la première voix, et garantir l’équilibre des quatre parties. Combien de fois pendant l’enregistrement nous avons repensé à cette soirée vénitienne où l’on avait eu tant de mal à trouver un restaurant indiqué par un ami du coin : des ponts, des canaux, des culs de sac, des ruelles, des places avec d’innombrables sorties. Ça l’avait surpris : «mais, il fallait juste aller tout droit !»
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