Féru de musique contemporaine (il a participé à plusieurs créations de Maurizio Kagel), le pianiste français Jean-Claude Henriot s'est tourné depuis quelques années vers le Romantisme allemand. Après deux albums remarqués consacrés à Beethoven, il consacre son dernier disque à Robert Schumann. Il en propose des pages très diverses, depuis les visions hallucinées des "Kreisleriana" au crépuscule de sa dernière œuvre, les "Geister Variationen" (Variations fantômes). Jean-Claude Henriot approche ces pages avec un regard plus classique que romantique. Nul emportement, nulle angoisse métaphysique mais une fièvre contrôlée et toujours une attention portée à la ligne mélodique. Bien qu'inhabituelle, cette interprétation se révèle à bien des moments convaincante (le legato du premier intermezzo de la 2e pièce des "Kreisleriana" , la continuité de caractère tout au long de la 6e, ou le ralenti progressif à la fin de la 7e). Les passages les plus apaisés sont les plus éloquents, là l'interprète sait prendre son temps et créer le climat voulu par Schumann (affectueux dans la 2ème"Kreisleriana" , simple dans la fin des "Nachstücke" ou dans les Variations). Mais il manque parfois l'emportement flamboyant (début de la première "Kreisleriana" , joué sans les reprises) qu'ont su y mettre d'autres artistes (Horowitz). Une vision personnelle et intéressante d'un sage du clavier. (Thomas Herreng)
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