Peut-être parce qu’Hindemith fut un théoricien engagé, sa musique passe souvent pour rébarbative. Pour preuve du contraire, voici au cœur de l’album la réjouissante (mais pas facile pour autant) farandole des miniatures « domestiques » ou « populaires » avec leurs titres comiques, leurs rythmes facétieux, leurs sonorités irisées et leurs petits effectifs. Incluant le rare « petit jardin fleuri », elles constituent la majeure partie d’un second disque plus facile d’accès. Les œuvres plus cérébrales (quatuor, quintette et sonate) qui les encadrent ont été composées dans un tout autre esprit. Elles donnent souvent la priorité au contrepoint et à la structure, et leur mélange de virtuosité instrumentale et de complexité musicale exige beaucoup de l’auditeur (le quintette, en particulier, dont les mouvements extrêmes « reflètent » littéralement la fascination du compositeur pour les effets de miroir). Mais heureusement des interprètes tous remarquables de bout en bout arrivent à animer ces architectures parfois lourdes (« la tonalité est une force naturelle, comme la gravité », écrivait Hindemith) et à en révéler la sensualité et les couleurs (le quatuor…) malgré une scène sonore un peu large qui tend à éparpiller les instruments. Dans un paysage discographique assez clairsemé, voilà un coffret remarquable qui pourrait bien séduire beaucoup de réfractaires. (Olivier Eterradossi)
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