Le pianiste allemand propose le cinquième volume de son intégrale des Sonate de Scarlatti. Il est amusant de songer que celles-ci furent, pour la plupart, composées comme des essercizi ! Il faut “des doigts” pour jouer cette musique et plus encore un esprit affûté, un sens des couleurs et de la justesse des rythmes, un tempérament pour tout dire. Christoph Ullrich fait preuve d’un humour certain quand il “raconte” ce que nous dit chaque sonate, conçue comme un monde clos. L’articulation est splendide, les accents ne sont jamais forcés, les contrastes menés avec justesse. C’est un piano qui rebondit et sait danser, mais aussi faire preuve de nostalgie. L’interprète ne songe pas à retrouver la pâte sonore du clavecin. Il transpose son imaginaire sur un Steinway magnifiquement bien réglé. En effet, il possède une réelle densité, un grain dans les basses et le médium. Les aigus piquants mais nullement agressifs chantent avec beaucoup de lumière. Tout le matériau est ainsi réuni pour que l’on goûte à la diversité des timbres, mais surtout aux audaces harmoniques de Scarlatti. Les changements incessants, l’intranquillité propre de cette musique fascine et peu de pianistes ont ainsi transcendé l’expression de la joie de vivre qui porte l’œuvre pour clavier de Scarlatti. Ce nouveau volume est à marquer d’une pierre blanche. En bonus, le clarinettiste Ib Hausmann propose la pièce Scarlark, une improvisation dans l’esprit ou la suggestion d’un Scarlatti transposé à son instrument. Etonnant et bien vu. (Jean Dandrésy)
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