Les Smetana abordèrent les Quatuors de Beethoven à pas comptés dès le début des années soixante et dans le plus grand désordre, commençant par les derniers opus, histoire de se mesurer d’emblée à l’absolu. Gravures éparses, pour le label national Supraphon, mais aussi pour His Master’s Voice ou Electrola. Parutions dispersées et parcellaires à laquelle la Columbia Japonaise décida de mettre bon ordre : à compter de 1977, elle enregistra avec les ingénieurs de Supraphon à Prague une intégrale qui s’étendit sur près de dix années. Le résultat intrigue : la formation n’était plus dans les feux de sa première jeunesse, la sonorité même avait pris quelque chose d’âpre, cordes rêches, polyphonies sèches (mais stupéfiantes de précisions), discours péremptoire. Ce Beethoven là n’a aucune aménité même en son opus 18. Cette manière à la cravache, ce peu d’attention à la sonorité allaient à rebours de l’hédonisme que les Berg et d’une façon plus générale tous les jeunes quatuors imprimaient à leur Beethoven. Clairement les Smetana venaient d’ailleurs, témoins ultimes des temps héroïques où jouer Beethoven signifiait lutter. A mesure que je progresse dans cette somme, j’abandonne toute idée de beauté pour me laisser saisir par la puissance expressive d’un discours qui aux ultimes quatuors découvrent des horizons stupéfiants où soudain l’histoire du Quatuor moderne semble se dessiner : cette abrasion des timbres, ce souffle épique, cette tension nerveuse n’excluent pas une dimension spirituelle qui agit comme une catharsis. Ce n’est plus du tout un quatuor qui joue les 15e et 16e Quatuors mais bien la musique d’un autre monde qui résonne, quant à savoir quels instruments produisent cette myriade de sons... Personne ne voudra se priver d’une expérience si radicale. (Discophilia - Artalinna.com) (Jean-Charles Hoffelé)
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