Les concertos pour orgue de Haendel, puisque c'est d'eux qu'il s'agit— dans une transcription pour Steinway — ne constituent pas des œuvres majeures et n'ont ni l'ampleur, ni le génie, de ceux que Bach consacra au clavecin. Destinés à un petit orgue de théâtre et accompagnés ici par une trentaine de musiciens, ils servaient essentiellement d'intermèdes lors des exécutions des oratorios du compositeur et recyclaient divers matériaux (thèmes d'oratorios précisément, fragments inaboutis, canevas sur lesquels ce dernier improvisait, ou sonate pour flûte à bec, concerto pour harpe etc.). Autant le piano à queue peut aussi, à côté des instruments d'époque, servir (d'une façon remarquable) le propos d'un Bach, autant ce qui nous est donné à entendre paraît disproportionné, déséquilibré voire déplacé, pour ces pièces qui n'ont que peu d'étoffe. Cette musique de divertissement devient vite, puisqu'il faut bien "meubler" l'instrument, de la musique "d'ameublement" , inutilement grandiloquente. En outre, l'orchestre manque de relief, de mordant, reste rigide, parfois sec. Rien n'est vraiment enjoué, on ne sent pas d'authentique allant, de vrai dialogue entre ensemble et soliste. C’est à la fois convenu et surjoué mais ce n'est pas ça. L'ornementation prend dans certains mouvements (sicilienne du HWV 293 par exemple) une élégance affectée et revêt, dans nombre de passages rapides un aspect m'as-tu-vu. Les pirouettes de l'allegro moderato HWV 294 apparaissent quelque peu vaines. Malgré quelques bonheurs très passagers d’expression, l'échelle adoptée, la vision ne sont pas les bonnes. (Bertrand Abraham)
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