Fournier/Schnabel, Fournier/Kempff, Fournier/Gulda… La première intégrale avec Artur Schnabel provenant des bandes Emi d’après-guerre furent, hélas, mal repiquées. Les deux éditions sont autrement plus passionnantes. La plus connue demeure avec Kempff. Celle captée avec Gulda le fut à Vienne, en juin 1959, dans la petite salle du Musikverein. L’intégrale parut chez Deutsche Grammophon, l’année suivante. Urania réédite ces bandes qui, outre les cinq sonates, présentent les trois séries de variations. C’est à peu près tout le legs de Beethoven au violoncelle auquel on ajoutera le Triple concerto pour piano, violon et violoncelle. Fournier, “aristocrate” du violoncelle et Gulda pas encore le “trublion” de la musique classique dialoguent avec une verve magnifique. Si l’archet reste d’un équilibre parfait laissant chanter le son de l’instrument, Gulda multiplie les trouvailles. Son jeu varie constamment comme s’il devait ornementer l’immuable grandeur de l’archet. Il y a beaucoup d’émotion dans ce dialogue. Plus encore, on perçoit le respect, la concentration de tous les instants de Gulda. Les mouvements les plus introspectifs et lents sont marquants parce qu’ils exacerbent l’écoute entre les deux musiciens. Les moindres silences et accents sont mis à profit. Les variations que l’on délaisse trop souvent dans l’écoute des intégrales, se révèlent, ici, passionnantes. En effet, c’est paradoxalement en empruntant des thèmes à Mozart et à Haendel, que Beethoven élargit sa réflexion et renouvelle l’écriture de la musique de chambre. (Jean Dandrésy)
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