Le Lied avec orchestre prit son essor dans la seconde moitié du XIXème siècle avec Mahler, Strauss, Pfitzner, Joseph Marx et bien d'autres. L'idée était d'inscrire le lied dans les salles de concert symphonique, cantonnées jusque-là aux airs d'opéra. Champion du genre, Max Reger réalisa lui-même l’instrumentation d'une trentaine de lieder de divers compositeurs. A l'instar de Schubert, Hugo Wolf destina ses Lieder au tandem voix/piano, leur confiant une dimension expressive et narrative maximale. Les vingt-quatre Lieder qu'il orchestra furent le fruit de circonstances. De cette sélection, enregistrée ici par le baryton Dietrich Fischer-Dieskau en 1991, la plupart des arrangements sont l’œuvre du compositeur. L'ajout de l'orchestre chargé et symphonique dans les poèmes de Goethe (Harfenspieler I, II et III, Promethée) ou chambriste (Morike (Denk'es o seele ou Gebet) n’apparaît jamais artificiel et revêt un caractère plus fonctionnel qu'expressif. Le fringant Fussreise bénéficie d'une admirable parure signée Günter Raphaël qui édita lui-même seize lieder de Wolf et en orchestra huit. Le Sterb'ich.. issu de l'Italienisches Liederbuch jouit aussi du raffinement de l'orchestration de Reger. On découvrira aussi les trois Michelangelo Lieder orchestrés assez suavement au regard de l'esprit des textes par la basse finlandaise Kim Borg. Quant à Dietrich Fischer-Dieskau malgré une voix fissurée, jamais il ne côtoya le texte d'aussi près. Ce disque est un point de culmination dans sa carrière de chanteur (il y mettra fin l'année suivante). Un millésime exceptionnel dans la discographie du chanteur et du compositeur ! Livret trilingue en bonus. (Jérôme Angouillant)
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