Quatre Sonates, dont chacune, selon Markus Becker illustre un caractère, la construction en angles pour la Sonate en Ut, la mélancolie pour celle en Mi mineur, l’esprit de la danse pour celle en Mi bémol majeur, la magnificence pour la Sonate en Si majeur, le giocoso pour celle en Fa majeur. Toutes sont prises dans des tempos qui en éclairent les nombreuses beautés d’écritures, rythmes inégaux, science des ornements, petits effets de surprises dans l’harmonie, avec cet art de ne pas résoudre ou de dévier soudain sur une modulation qui mène quelques instants à tout autre chose, thèmes qui se prêtent toujours à des variations jusque dans leurs réitérations. C’est comprendre la grammaire du compositeur comme peu de pianiste aujourd’hui le peuvent encore – Iddo Bar-shaï sait saisir cet esprit - Markus Becker retrouvant les humeurs et la beauté de toucher qu’y mettait Alfred Brendel parvenu au sommet de son art, et une pondération, une simplicité aussi qui font que même le plus inattendu coule de source. Disque inventif, pertinent, d’un pianiste qui à l’orée de sa carrière fit sa gloire en enregistrant tout le piano de Reger, y apportant une virtuosité, une profondeur de son, un espace qui en fit la prolongation naturelle de celui de Brahms. Vous savez quoi ?, justement cette somme revient au catalogue pour presque rien. Double occasion de découvrir un des plus beaux pianistes de sa génération, curieux de tout, et même du jazz qu’il fréquente régulièrement comme le fit Friedrich Gulda, mais bien trop rare au disque (Discophilia - Artalinna.com). (Jean-Charles Hoffelé)
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